Hygiène de la garde-robe

L’histoire de mes chiffons

Depuis ma majorité et même un peu avant, j’ai dû me débrouiller avec un budget très restreint. J’ai alterné les études, les emplois précaires au SMIC et/ou à temps partiel, le chômage et l’auto-entrepreneuriat (je n’ai pas fait fortune, vous l’aurez compris).
J’ai toujours fait passer en priorité n°1 le paiement de mon loyer et de mes factures, en 2 la nourriture (souvent c’était déjà plus que ce que mes revenus pouvaient me permettre et je finissais dans le rouge), en 3 ma vie sociale, et si par chance il restait un peu de sous à la fin du mois (la plupart du temps il restait beaucoup de mois à la fin des sous) je pouvais les consacrer aux dépenses « superflues » : fringues, déco, produits de beauté, loisirs…

Mon budget ne laissait aucune place aux achats impulsifs, et aucune place non plus pour des vêtements un peu coûteux. Donc je me contentais du strict nécessaire, choisi dans les boutiques les moins chères. Pas de bijoux ni d’accessoires, ça ne sert à rien, un seul sac à main, une seule écharpe pour l’hiver… Par chance j’ai pu beaucoup piocher dans les affaires dont mes proches voulaient se débarrasser. J’évitais de m’intéresser de trop près à la mode et aux tendances, que je ne pouvais pas suivre, et dans lesquelles j’avais de toute façon du mal à me retrouver.

Je me suis donc constitué une garde-robe en accumulant des vêtements auxquels je n’étais pas spécialement attachée, d’assez mauvaise qualité, un peu vieux voire complètement démodés, choisis en grande partie par d’autres personnes que moi donc difficiles à assortir entre eux, et souvent mal adaptés à ma morphologie. Je n’étais pas pour autant habillée comme un sac hein, n’exagérons rien, mais j’étais loin de forcer l’admiration par mon style.

Pour ne rien arranger, en 2010 j’ai pris un aller-simple pour une île tropicale au bout du monde et je me suis tout simplement débarrassée de tous mes vêtements d’hiver. Je les ai allègrement remplacés à l’arrivée par des shorts, des paréos et des robes légères, qui m’ont été d’une grande utilité quand, à peine un an plus tard, je suis rentrée en France la queue entre les jambes, le compte en banque à sec, sans emploi, avec le moral dans les chaussettes parce que rien ne s’était passé comme prévu là-bas, et que j’ai vu l’hiver arriver.

Une dizaine d’années plus tard

Depuis 2013, ma situation professionnelle et financière s’est très nettement améliorée. Je me suis donc retrouvée, approchant la trentaine, « jeune cadre dynamique », avec cette garde-robe estivale d’adolescente fauchée dans laquelle je ne me retrouvais pas du tout, reflet des années de disette que j’étais bien contente de laisser enfin derrière moi.

Impossible de continuer avec ça donc, mais aucune idée de comment faire pour reprendre les choses en main. Mes placards débordaient littéralement de tous ces vêtements dont je ne savais plus quoi faire, c’est d’abord le manque de place qui m’a décidée à agir.

Il était urgent de faire un grand tri, mais comment ?

Le ménage par le vide

Premier écrémage : les essayages.

La méthode : vider le placard sur le lit puis enfiler chaque vêtement, un par un. Oui, les soutifs, les culottes et les chaussettes AUSSI. Si comme moi tu as accumulé des fringues pendant plus de 10 ans, prévois d’y passer au moins un week-end entier… C’est un peu pénible sur le moment, mais c’est un véritable soulagement ensuite.

Pas beaucoup de questions à se poser à ce stade là : si je ne rentre pas dedans ça dégage. Si je nage dedans, ça dégage. S’il y a des taches, des trous, si c’est très usé, si ça n’a plus de forme, si c’est devenu gris au lieu de noir ou jaune au lieu de blanc : OUT. Si j’ai du mal à m’en séparer malgré son état de décomposition avancée, je le note sur ma liste d’achats prioritaire et je le dégage quand même.
Si c’est à ma taille et en bon état, ça retourne sagement dans le placard.

Les vêtements abîmés vont à la poubelle, pas d’états d’âme, et les trop petits / trop grands en bon état, dans un conteneur du Relais.
J’ai déjà essayé de revendre mes vêtements en bon état : ça prend juste un temps fou de prendre des photos convenables, rédiger les descriptions, décider des prix et de publier les annonces. Bien entendu je n’en ai jamais vendu un seul et les articles en question sont retournés encombrer ma garde-robe. Ça pourrait valoir le coup d’essayer s’il s’agissait de belles pièces de marque, mais certainement pas pour les cochonneries achetées chez le chinois du coin.

Ce premier tri m’a permis, d’une part, de repartir sur une base saine – bonne taille et bon état, le style ça peut encore attendre un peu – et d’autre part, de mettre le doigt sur les manques à combler d’urgence : quand il reste 3 paires de chaussettes et 0 pull et qu’on est fin octobre, faut arrêter de lorgner sur les petites robes. Winter is coming !

Deuxième écrémage : l’entretien individuel

C’est là que ça se complique un peu. Parmi tous ces vêtements à la bonne taille et en bon état – et il en reste quand même un sacré paquet-, il y en a que je ne porte jamais. Il faut identifier lesquels, trouver pourquoi, et trouver la solution adaptée au problème. C’est un travail de longue haleine, que je ne pense pas avoir tout à fait terminé.

1/ Parce qu’ils ne sont pas confortables

Le jean qui s’élargit d’une taille après avoir été porté 1h, tu mets les mains dans les poches et paf te voilà cul-nu. La jupe qui remonte quand tu marches, il faut tirer dessus tous les 100 mètres. Le pull qui gratte, la veste avec laquelle tu ne peux pas lever les bras, le soutien-gorge sans bretelles qui se prend pour une ceinture, les collants trop courts, etc. La liste est longue…

Faut pas rêver, rien de tout ça ne va s’arranger comme par magie du jour au lendemain. Ces vêtements inutiles prennent de la place pour rien : il faut s’en séparer.

Toute la difficulté c’est surtout de ne pas en racheter car le vêtement pas confortable est aussi sournois : il ne se révèle que lorsqu’il est déjà trop tard pour le rapporter.

2/ Parce que c’est pas la saison

J’avais une valise, que j’ai récemment troquée contre des boîtes de rangement à roulettes (celles qu’on planque sous le lit) et des sacs dont on vide l’air avec l’aspirateur. J’y range les vêtements d’été pendant l’hiver, les vêtements d’hiver pendant l’été.

Ça m’oblige à passer en revue toute ma garde-robe au moins 2 fois par an et c’est à chaque fois l’occasion de refaire un peu de tri.

J’applique la même règle pour les vêtements réservés à des occasions spéciales et ceux que je garde uniquement en souvenirs : j’ai une boîte qui leur est réservée.

3/ Parce que je les ai assez vus et/ou parce que c’est démodé

Avec des vêtements que je traîne depuis 10 ans ou plus, ça c’est un problème récurrent pour moi. Ça vaut le coup de creuser un peu plus loin avant de prendre une décision : est-ce que la coupe, la couleur, la matière me vont bien ? Est-ce que c’est une pièce facile à assortir ? Est-ce que je m’imagine porter ça dans 5 ans ? Si je réponds oui à au moins deux questions, je mets ce vêtement de côté avec les vêtements saisonniers. Je le ressortirai 6 mois plus tard et je me poserai à nouveau la question. Attention quand même à ne pas stocker un vêtement pendant trop longtemps : à moins que ce soit un véritable intemporel, s’il a passé plus de 2 ans dans la boîte c’est que je ne le remettrai jamais.

4/ Parce que je n’ai rien pour aller avec / je ne sais pas avec quoi le porter

Là c’est plutôt une bonne nouvelle, ça veut dire que j’ai mis le doigt sur un article qui manque dans mon placard et que je vais pouvoir aller faire du shopping en sachant à peu près ce que je cherche.

Si l’article qui manque est un truc farfelu, ou que je ne pourrai porter qu’avec ce vêtement là, j’y réfléchis à deux fois quand même.

5/ Parce que je n’aime pas me voir dedans

Ça dégage… SAUF si c’est un « basique ». Je n’aime pas me voir en pantalon ou jupe tailleur ni en chemise blanche par exemple, mais pour un événement, une réunion importante ou un entretien d’embauche, je suis bien contente d’en avoir sous la main.

Par contre, le col roulé qui me donne 10 kilos et un double menton, le gros gilet qui me rajoute 30 ans ou le t-shirt rose qui me ramène 20 ans en arrière, pas la peine de les garder.

 

Une fois ce tri drastique effectué, il ne me restait plus grand chose, mais paradoxalement je n’ai plus tellement eu cette désagréable impression de n’avoir rien à me mettre (juste la désagréable impression de faire la lessive beaucoup plus souvent !).

 

J’ai une bien meilleure connaissance de ce qu’il me reste et ce qu’il me manque et de ce qui me va ou non, ce qui me facilite beaucoup la vie quand je fais mon shopping, et j’arrive plus facilement à me cadrer pour ne pas acheter n’importe quoi.

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